© Louis Étienne Foy — Unsplash 2020

La droite ou le chaos…

… ou les derniers arguments d’un courant politique à bout de souffle

Dans plusieurs grandes villes de France, des listes écologistes ont créé la surprise en arrivant en tête au premier tour des élections municipales. Cédant à la panique, les partis conservateurs ont réagi en se livrant à un déferlement d’avertissements anxiogènes. Comme Michel Poniatowski avertissant 40 ans plus tôt que « si la gauche l’emporte, on verra les chars soviétiques place de la Concorde », la bonne vieille menace du péril rouge a repris du service.

En amalgamant vert-rouge après avoir beaucoup parlé d’écologie dans leur programme, ces partis remettent en cause les résultats démocratiques du premier tour : le fait que les électeurs dans de nombreuses villes aient préféré l’original à la copie leur est insupportable. 

Ainsi, Jean-Luc Moudenc, maire sortant toulousain (LR) qualifie Archipel Citoyen, une liste d’union des gauches menée par l’écologiste Antoine Maurice, de « forces obscures d’extrême gauche particulièrement dangereuses », tandis que François-Noël Buffet, candidat LR à la présidence de la métropole de Lyon, arrivé derrière l’écologiste Bruno Bernard, dénonce « une sorte de consortium, composé des écologistes les plus dogmatiques (…) et également de partis d’extrême gauche [constituant] un danger pour la métropole au niveau économique, social, voire même environnemental, à certains égards » (sic). Même son de cloche à Sainte-Foy-lès-Lyon, où la maire reconduite (LR) Mme Sarselli met en garde sur « une très inquiétante et possible victoire d’une hasardeuse coalition d’extrême gauche-les verts (…) qui nous pousserait inéluctablement dans une crise encore plus importante : construction massive de logements sociaux, la décroissance, l’explosion de la fiscalité ».

À Lille, le candidat LR Thierry Pauchet alerte contre « les fous furieux », « des écolos marxistes ». Il appelle à voter Martine Aubry car il « ne souhaite pas que la ville tombe entre les mains d’extrémistes ». Mme Vassal, candidate LR à Marseille déclare que la liste écologiste de Mme Rubirola symbolise « le chaos, la violence, les collectifs qui cassent tout dans le centre-ville ». Caricaturant les programmes, elle prophétise « des salles de shoot en bas de tous les immeubles (…) un centre d’accueil de migrants par quartier »

« Cet épouvantail agité par la droite est un classique de la politique moderne, qui remonte aux années 1920, quand le « camp national » entendait mobiliser contre le bolchévisme, puis contre le communisme dans les années 1930. L’image d’Épinal de cet héritage historique reste le célèbre bolchevique le couteau entre les dents » analyse Romain Herreros dans le Huffington Post.

La droite se présente alors en parti rassurant de la modération, pour « faire barrage aux écologistes » (Gérard Collomb, Lyon) comme on le ferait de l’extrême droite. « J’invite à la raison, au pragmatisme et à sortir de l’idéologie », déclarait récemment Mme Sarselli sur les réseaux sociaux. Pascal Charmot, maire LR de Tassin renchérit « qu’on peut faire de l’écologie sans être idéologue » (18/06/2020 — Le Progrès).

C’est l’autre nouveauté dans les éléments de langage de la droite : les alertes à répétition de la communauté scientifique sur le caractère insoutenable de nos modes de vie et la traduction de ces recommandations en projet de société par les écologistes relèveraient de l’idéologie. Terme que Le Littré définit comme un « système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un comportement individuel ou collectif ».

Promouvoir le tout-voiture, la vidéosurveillance comme réponse universelle à la paix sociale, transformer les derniers espaces verts en parkings, enfreindre ostensiblement les quotas de logements sociaux, baisser les subventions aux associations, tout cela bien entendu ne relèverait pas d’un corps de doctrine politique anachronique, mais probablement de la raison et du pragmatisme évoqués dans la communication de Mme Sarselli.

Tétanisés face à la crise écologique et sociale, sans projet collectif d’avenir autre que la perpétuation d’un modèle intenable, vidé d’idées, les conservateurs traitent au mieux d’idéologues, au pire de violents fanatiques, les pans de la société qui pensent le changement. N’est-ce pas justement le signe de leur déclin idéologique, et de leur absence de réponses concrètes à la crise climatique que nous vivons ?

Olivier COUPIAC

Conseiller Municipal SainteFoyAVENIR –Citoyenneté – Ecologie – Solidarité

photo : Louis Étienne Foy — Unsplash 2020

Une réflexion sur « La droite ou le chaos… »

  1. Je ne résiste pas à compléter ce florilège d’ânerie, pourtant déjà amplement fourni lors de la rédaction de l’article :
    – à Lyon, l’horloger Maïer compare les verts à Hitler (Le Progrès 25/06/2020)
    – à Nancy la liste d’union des gauches de Matthieu Klein est caricaturée par une affiche le présentant aux côtés de Lénine et de Staline (ibid)

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