Pierre Marthouret, l’indigné Fidésien du Clos du Cardinal

Voici l’intégrale de l’interview — que vous avez peut-être commencé à lire dans le premier numéro de La Feuille Fidésienne — de Pierre Marthouret dont nous avions relayé, il y a quelque temps, la lettre ouverte sur l’abattage des arbres du Clos du Cardinal à Sainte Foy-lès-Lyon.

Natif de Sainte Foy-lès-Lyon, Pierre Marthouret était bûcheron dans le Vercors. Il y a acquis une bonne connaissance des arbres. Nous avons souhaité le rencontrer après avoir lu sa Lettre ouverte suite à l’abattage des arbres du Clos du Cardinal. 

Pour quelles raisons pensez-vous que l’abattage des arbres est une faute ?
Ces abattages d’arbres, qui sont des biens publics, me mettent hors de moi ! Je ne pouvais pas laisser passer. J’avais déjà écrit un courrier à la mairie après l’abattage du dernier tilleul de la place Clair Tisseur, en 2019. C’est depuis cet abattage, contre lequel j’ai protesté, que je me suis un peu plus intéressé aux affaires de la commune. Il faut savoir que sur cette place, il y avait encore cinq tilleuls au début des années 2000 et que, suite à des travaux d’aménagements, quatre sont morts en même temps. J’estime qu’il faut plus prendre soin des arbres existants : leur conservation 
devrait être inscrite au cahier des charges de tout chantier public, ou privé. 
Il n’y avait aucune urgence à abattre ces deux arbres du Clos du cardinal ; leurs souches l’ont montré. Le tilleul, dont j’ai compté les cernes, avait au moins 130 ans et sa souche était en parfait état. L’érable sycomore avait stoppé la progression de sa blessure ancienne (occasionnée peut-être par un véhicule) et le pourcentage de surface saine, au niveau du collet, était de 50 %. Les arbres ont des moyens de défense extraordinaires ! Ces arbres avaient résisté à toutes les tempêtes. Ils mettent en place une barrière chimique qui bloque la progression de la pourriture. Un entretien approprié aurait débarrassé le tilleul du gui qui l’envahissait. Un tilleul de 130 ans est dans sa jeunesse !
Le projet de parking au Clos du Cardinal dénaturera, de façon irrémédiable, le seul espace vert du bourg. Le plus grave, c’est qu’il n’y a aucune compensation possible. Vous supprimez des arbres centenaires, c’est irrémédiable. Ces arbres ont passé le siècle, ils ont surmonté les aléas climatiques et maintenant, ils sont acclimatés, enracinés. Ces arbres-là sont plus aptes et programmés pour résister à des conditions climatiques à venir de plus en plus défavorables. Pour penser aux générations futures, il faut laisser vieillir les arbres et stocker un maximum de carbone. Les nouveaux plantés subissent des agressions multiples : ils se retrouvent d’un seul coup placés dans un environnement hostile ; aucun peut-être n’arrivera à 100 ans !

Quel regard portez-vous sur le patrimoine arboré de notre commune ?
J’aimerais une vraie politique de préservation des arbres, ils sont trop souvent maltraités : du goudron jusqu’à la base du tronc ; on se demande comment ils peuvent recevoir l’eau du ciel ! Les éléments nutritifs sont captés par les racines ; en créant des sols étanches et en stationnant et roulant trop près des arbres, on les fragilise. Il faudrait mieux les protéger des chocs, du tassement et du piétinement ; aérer le sol pour que l’eau puisse y pénétrer, laisser les semis naturels se développer (ou végétaliser) à leurs pieds. On n’a pas d’arbres multi – centenaires dans nos parcs. Ma crainte pour ces parcs, comme Le Brûlet, c’est que leurs parties boisées ne soient pas assez importantes pour survivre au changement climatique.
C’est dur de conserver des zones boisées. Pour nous donner une chance de réussir, reproduisons une ambiance forestière ; c’est-à-dire beaucoup de tiges, une belle masse foliaire, une canopée sans trouée, une régénération naturelle ; ainsi, on abaisse la température et on limite l’évaporation des sols. Et les arbres s’entraident et se protègent.
Préservons aussi les zones humides, comme le vallon des Razes. Pour cela, il importe de sanctuariser ces milieux. On n’intervient plus, on laisse faire la nature. On entretient un sentier unique et on explique pourquoi il faut rester sur ce sentier. L’humus met au moins cent ans à se constituer. Les multiples sentes créent du piétinement, des dégâts sur les semis naturels, une asphyxie des sols. 

Depuis six ans, vous avez adopté un mode de vie basé sur la pratique du vélo pour vous déplacer, à Sainte Foy et ailleurs, vous avez des propositions pour circuler mieux en Centre-Bourg, notamment autour de la « Grande rue » ?
Le vélo est un véhicule moderne. Depuis six ans, je me déplace principalement à vélo et c’est sans regret, cela permet de me maintenir. Je ne suis pas sportif, mais en faisant du vélo je me sens plus autonome. J’ai changé mon mode de consommation en achetant plus local ; c’est une façon de lutter contre les achats massifs. Comme pour le vélo électrique, la mairie devrait proposer une prime aussi pour l’achat d’un vélo classique, neuf ou d’occasion.
La voie publique doit être partagée avec les cyclistes, qui doivent respecter le Code de la route. Pour favoriser le développement du vélo, le centre devrait être une zone 30 continue, avec un marquage clair, de la maternelle publique jusqu’à l’église. Il faudrait des panneaux vélo prioritaires plus visibles, on peut prendre l’exemple du marquage au sol à la Gravière, ce n’est pas très coûteux. Tout ce qui favorise le développement du vélo, en raccourcissant les distances, en rendant les parcours plus faciles, est un plus pour l’environnement. Le contresens autorisé, comme celui du Neyrard (zone de rencontre 20 km/h) ; c’est un vrai gain de temps et d’efforts.
Il y a un vrai problème dans le centre, sur la Grande-Rue qui, saucissonnée en trois ou quatre parties, est devenue un mixte giratoire. Cette rue devrait être piétonne, avec un seul accès central et des plots escamotables pour ses riverains et les livreurs. Madame Sarselli arbitre en faveur de l’automobile estimant que les commerces ont besoin des automobilistes pour vivre. Mais les personnes âgées, et les familles avec enfants vont y faire leurs courses, à pied ! Elles ont besoin de sécurité. Il y a déjà près de 600 places de parking à moins de cinq minutes de marche du centre !
Il faut arrêter de dire que tous les commerçants sont provoitures : ils se rendent bien compte qu’une partie de leur clientèle est à pied. Testons, expérimentons de nouvelles circulations entre les différentes rues et places pour sortir du tout voiture ! J’espère un vrai aménagement pour les vélos avec l’arrivée de « BIOCOOP ».

D’autres propositions citoyennes pour l’avenir ?
Je regrette l’abandon du ramassage des encombrants qui facilitait le « débarrassage » de pièces trop lourdes pour les personnes qui n’ont pas forcément de véhicules adaptés mais aussi permettait aux personnes qui souhaitaient récupérer des objets dont elles avaient besoin, de le faire ; c’est une vraie économie vertueuse. Il en faudrait au moins deux par an.
J’aimerais aussi une réflexion quant à l’évolution de notre consommation d’électricité qui ne cesse d’augmenter.
Et conserver absolument le cachet du Centre bourg, en protégeant l’habitat ancien.

Propos recueillis par Faïza Mihoubi et Yvette Lathuilière.

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